En France, les charges sociales pèsent lourdement sur la rémunération brute, entre part salariale et part patronale. En Andorre, la protection sociale repose sur un organisme unique et un taux global de 22 % en 2026, dont 6,5 % seulement à la charge du salarié, pour financer à la fois la couverture médicale et les pensions. En contrepartie, la prise en charge est moins complète : une partie des frais reste à la charge de l'assuré, et la pension suppose au moins 15 ans de cotisation. Voici ce que vous payez à la CASS, ce qu'elle vous rembourse et comment elle s'articule avec la France.
Points clés
- la CASS gère deux branches : la branche générale (santé, maternité, invalidité, décès) et la branche retraite ;
- les cotisations représentent 22 % du salaire brut en 2026 : 6,5 % pour le salarié, 15,5 % pour l'employeur ;
- dans le circuit de soins coordonné, les consultations sont remboursées à 75 %, l'hospitalisation à 90 % et la maternité à 100 % ;
- la pension, calculée par points, est ouverte à 65 ans après au moins 15 ans de cotisation ;
- une convention de sécurité sociale coordonne le système andorran et le système français depuis 2003.
Qu'est-ce que la CASS ?
La Caisse andorrane de sécurité sociale (Caixa Andorrana de Seguretat Social, CASS) est l'organisme public qui collecte les contributions sociales et verse les prestations de santé et de vieillesse du pays. Créée en 1968 et régie aujourd'hui par la loi 17/2008 du 3 octobre 2008 sur la sécurité sociale, elle constitue le pilier unique de la protection sociale obligatoire dans le pays.
Un organisme public à deux branches : générale et retraite
L'organisme s'organise en deux branches financées séparément. La branche générale prend en charge la maladie, la maternité et la paternité, les accidents du travail, l'invalidité et le décès. La branche retraite verse les pensions de vieillesse et de veuvage. Contrairement au système français, il n'existe pas d'organismes distincts selon les risques ; les allocations familiales relèvent d'ailleurs du Govern (gouvernement andorran), et non de la caisse.
Qui est affilié : salariés, indépendants et ayants droit
L'affiliation est obligatoire pour toute personne qui exerce une activité professionnelle dans la Principauté, qu'elle soit salariée, frontalière ou indépendante. Le conjoint et les enfants à charge peuvent bénéficier de la couverture en qualité d'ayants droit. Une personne installée sans activité, comme un résident passif, n'est en revanche pas couverte par défaut.
Combien coûtent les cotisations à la CASS en 2026 ?
Les cotisations s'élèvent à 22 % de la rémunération brute en 2026, réparties entre la branche générale (10 %) et la branche retraite (12 %). Le salarié en supporte 6,5 %, l'employeur 15,5 %.
| Branche (2026) | Part salariale | Part patronale | Total |
|---|---|---|---|
| Générale (santé, maternité, invalidité) | 3 % | 7 % | 10 % |
| Retraite (vieillesse, veuvage) | 3,5 % | 8,5 % | 12 % |
| Total | 6,5 % | 15,5 % | 22 % |
Salariés : 22 % du brut, dont 6,5 % à leur charge
La part salariale est prélevée sur le salaire mensuel, figure sur la fiche de paie, puis est reversée par l'employeur avec sa propre part. Les frontaliers relèvent des mêmes taux que les travailleurs résidents. Aucune démarche individuelle n'est requise : c'est l'employeur qui déclare les salariés et règle l'ensemble des sommes dues.
Indépendants : une base forfaitaire liée au salaire moyen
Les indépendants cotisent au taux de 22 %, non sur leur revenu réel mais sur une base exprimée en pourcentage du salaire moyen de l'année précédente, soit environ 2 672 euros par mois selon le barème de la CASS pour 2026. À la base standard, à 100 %, le versement mensuel s'élève à environ 588 euros. Des bases réduites sont ouvertes aux revenus nets modestes, ainsi qu'au démarrage de l'activité, sur demande ; la base à 50 % correspond en pratique au minimum légal. À l'inverse, les revenus nets supérieurs à 40 000 et 50 000 euros par an entraînent des bases majorées.
| Base (barème CASS 2026, montants arrondis) | Montant de la base | Versement mensuel |
|---|---|---|
| 25 % | environ 668 € | environ 147 € |
| 50 % (salaire minimum) | environ 1 569 € | environ 345 € |
| 75 % | environ 2 004 € | environ 441 € |
| 100 % (base standard) | environ 2 672 € | environ 588 € |
| 125 % | environ 3 341 € | environ 735 € |
| 137,5 % | environ 3 675 € | environ 808 € |
Exemple chiffré : 3 000 euros brut par mois
Pour une rémunération de 3 000 euros brut par mois en 2026, la retenue salariale s'élève à 195 euros (6,5 %) et la part patronale à 465 euros (15,5 %), soit 660 euros au total. Sur ce montant, 300 euros financent la branche générale et 360 euros la branche retraite, qui alimente les points de la future pension.
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Estimation indicative fondée sur les taux 2026 et le barème arrondi de la CASS.
Que rembourse la CASS ? Soins, maladie et maternité
La branche générale finance les prestations de santé, les arrêts de travail et les congés liés à la naissance. Elle fonctionne comme son équivalent français, avec un reste à charge plus élevé et un circuit de soins qui conditionne le niveau de remboursement.
Remboursement : 75 % dans le parcours coordonné, autour d'un médecin référent
Le taux de prise en charge dépend du respect du parcours de soins coordonné (via d'atenció integrada, VAI), organisé autour d'un médecin référent choisi parmi les généralistes et pédiatres conventionnés. Le médecin référent oriente vers les spécialistes, sauf en gynécologie, ophtalmologie et odontologie. Les remboursements sont calculés sur un tarif de responsabilité fixé pour chaque type d'acte.
| Type de prestation | Parcours coordonné (VAI) | Hors parcours (VANI) |
|---|---|---|
| Consultations | 75 % | 33 % |
| Actes et examens | 75 % | 60 % |
| Hospitalisation | 90 % | 33 % |
| Maternité | 100 % | 33 % |
| Rééducation | 65 % | 60 % |
Chez un praticien non conventionné, le remboursement tombe à 20 % du tarif de responsabilité : vérifiez le statut du professionnel avant un rendez-vous.
Arrêt maladie : des indemnités à partir du quatrième jour
En cas d'incapacité temporaire, la caisse verse une indemnité journalière calculée sur la base de cotisation de l'assuré : 53 % du 4e au 30e jour, puis 66 % à partir du 31e jour. Pour une maladie ordinaire, l'indemnisation suppose d'avoir travaillé 90 jours au cours des 6 derniers mois, ou 180 jours au cours des 24 derniers mois. L'indemnisation dure 12 mois, prolongeable jusqu'à 3 ans. Un accident du travail est indemnisé dès le premier jour, sans condition d'ancienneté, à 66 % puis 70 %.
Maternité et paternité : 20 semaines pour la mère, une paternité en cours d'allongement
Le congé de maternité dure 20 semaines, dont 6 semaines obligatoires après l'accouchement, et il est indemnisé à 100 % de la rémunération de référence. Le congé de paternité s'allonge chaque année jusqu'en 2030, selon l'année de naissance de l'enfant : 6 semaines en 2026, 10 en 2027, 14 en 2028, 17 en 2029, puis 20 semaines à partir de 2030. Les deux premières semaines sont obligatoires.
Complémentaire santé : couvrir le reste à charge
Le ticket modérateur, de 25 % sur les consultations de la via d'atenció integrada (VAI) et de 10 % à l'hôpital, reste à la charge de l'assuré. De nombreux résidents souscrivent donc une complémentaire privée, qui prend en charge tout ou partie de ce reste et, selon les contrats, les frais engagés à l'étranger.
Retraite, invalidité et décès : les prestations de long terme
Au-delà de la santé, la CASS verse des rentes de vieillesse, d'invalidité et de survivant, ainsi qu'un capital destiné à couvrir les frais liés au décès. Leur montant dépend de la durée et du niveau des versements.
Pension de retraite : un système par points, à 65 ans et après 15 ans de cotisation
Le régime fonctionne par points. Chaque versement à cette branche achète des points, au prix fixé chaque année ; au moment du départ, le total acquis est converti en rente mensuelle selon une valeur de service du point, revalorisée périodiquement. La pension s'ouvre à 65 ans, à condition de totaliser au moins 15 ans d'assurance, soit 180 mois. Un départ anticipé reste possible dès 61 ans pour qui a cotisé plus de 480 mois, soit plus de 40 ans, avec une réduction de 7 % par année d'anticipation. En dessous de 15 ans, aucune rente viagère n'est servie. Les pensions moyennes servies restent modérées, ce qui invite à compléter la rente de la caisse par une épargne privée, comme nous le détaillons dans notre guide pour vivre en Andorre à la retraite.
Invalidité : une rente selon la capacité de travail restante
L'assuré dont la capacité de travail est durablement réduite perçoit une rente calculée à partir de sa pension théorique : 50 % lorsqu'il reste capable de travailler, 100 % lorsqu'il ne l'est plus. Elle est plafonnée à 2,5 fois le salaire minimum légal.
Survivants et décès : veuvage, orphelins et frais de décès
Au décès d'un assuré, le conjoint survivant peut percevoir une rente de veuvage égale en principe à 50 % de la pension du défunt, et chaque orphelin une allocation de 30 % du minimum légal. Les frais justifiés liés au décès sont remboursés aux proches, dans la limite de trois fois le salaire minimum en vigueur.

CASS et sécurité sociale française : ce que prévoit la convention
La France et l'Andorre sont liées par une convention de sécurité sociale signée le 12 décembre 2000 et entrée en vigueur le 1er juin 2003. Elle coordonne l'ensemble des branches, à l'exception de l'assurance chômage, et s'applique sans condition de nationalité.
Totalisation des périodes : une carrière entre les deux pays
Les périodes d'assurance accomplies dans chaque pays s'additionnent pour ouvrir des prestations, sans se chevaucher. Pour la vieillesse, chaque organisme calcule deux montants : une pension nationale, fondée sur ses seules périodes, et une pension théorique, fondée sur la carrière totale puis proratisée ; il verse le plus élevé des deux. Un assuré qui a travaillé vingt ans en France puis douze ans en Andorre peut ainsi atteindre le seuil de 15 ans exigé côté andorran. La convention supprime en outre les clauses de résidence : la rente andorrane est versée quel que soit le lieu de vie de son titulaire.
Frontaliers, détachés et nouveaux arrivants : les formulaires à connaître
Un salarié détaché temporairement dans l'autre pays reste affilié à son système d'origine. Pour le reste, trois formulaires facilitent le passage d'un régime à l'autre :
- le SE 130-03, délivré par la caisse française, atteste les périodes d'assurance accomplies en France lors d'une installation en Andorre ;
- le SE 130-06, délivré par la CASS, permet à un frontalier résidant en France de se faire soigner auprès de sa caisse primaire d'assurance maladie ;
- le SE 130-07 ouvre les droits en France pour la famille d'un travailleur installé en Andorre et restée de l'autre côté de la frontière.
Ces formalités s'inscrivent dans les démarches plus larges décrites dans notre guide pour partir vivre en Andorre.
Points de vigilance
La CASS offre une couverture solide à un coût modéré, mais plusieurs de ses règles surprennent un assuré habitué au modèle français :
À retenir
- le chômage n'est pas indemnisé par la caisse : les aides aux demandeurs d'emploi relèvent du Govern et supposent une durée minimale d'activité ;
- sortir de la via d'atenció integrada (VAI) ou consulter un praticien non conventionné réduit fortement le remboursement ;
- sans 15 ans d'assurance, aucune rente n'est versée, sauf à totaliser des périodes accomplies en France ;
- un résident sans activité n'est pas affilié d'office : la résidence passive en Andorre impose de justifier d'une assurance couvrant la maladie et, avant 60 ans, l'incapacité et la vieillesse ;
- un indépendant verse ses contributions sur une base forfaitaire, et non sur son revenu réel : demander une base réduite ou anticiper une base majorée relève de sa propre démarche.
Questions fréquentes sur la CASS
L'affiliation à la CASS est-elle obligatoire en Andorre ?
Oui, pour toute personne qui exerce une activité professionnelle dans la Principauté, qu'elle soit salariée, frontalière ou indépendante. Une personne installée sans activité n'est pas affiliée d'office.
Combien cotise un indépendant à la CASS en 2026 ?
Un indépendant verse 22 % d'une base forfaitaire. À la base standard, d'environ 2 672 euros selon le barème de la CASS pour 2026, le versement atteint environ 588 euros par mois ; des bases réduites ou majorées s'appliquent selon le revenu net.
Quel est le taux de remboursement de la CASS ?
Dans le parcours de soins coordonné (via d'atenció integrada, VAI), organisé autour d'un médecin référent, les consultations sont remboursées à 75 % du tarif de responsabilité, l'hospitalisation à 90 % et la maternité à 100 %. Hors de ce circuit, le taux descend à 33 % pour les consultations.
À quel âge peut-on toucher une pension de la CASS ?
La rente de vieillesse est ouverte à 65 ans, après au moins 15 ans d'assurance. Un départ anticipé est possible dès 61 ans pour qui a cotisé plus de 480 mois, soit plus de 40 ans, avec une réduction de 7 % par année d'anticipation.
Que deviennent les cotisations en cas de départ d'Andorre avant 15 ans ?
Elles n'ouvrent pas droit, à elles seules, à une rente de vieillesse. Grâce à la convention franco-andorrane, elles s'additionnent toutefois aux périodes accomplies en France pour atteindre le seuil requis.






